Que cela soit parmi la population générale ou bien les militants de ces deux milieux, certaines personnes ont tendance a confondre Écologie (en particulier les tendances nommées écologie profonde et écologie modérée) et Antispecisme. Pourtant, bien que certaines implications dans la vie courante soient similaires – prenons pour exemple le végétar/lisme dans une société industrialisée – voire dans certain cas identiques, les bases idéologiques justifiant ces modes de vie sont radicalement différentes.


Les principaux représentants de l'Écologie s'appuient avant tout sur l'idée d'un système, nommé « Nature » sur le quel l'humain – qui, sauf pour les partisans de l'écologie profonde, en est extérieur - produit par voie de cause a effet un impact significatif, mais dans l'absolu, n'en possède pas le contrôle. Ainsi, ce qui est « sauvage » - extérieur a l'influence humaine – est « Naturel », le reste, ce qui à été transformé, modelé, fabriqué, domestiqué par cet autre « dieu » qu'est l'Homme – élevé plus ou moins explicitement comme espèce supérieure a toute les autres, là où l'antispecisme ne lui confère aucunement un tel statut : l'humain est un être pensant, au même titre qu'un chien ou un rat, il n'est ni supérieur, ni inférieur. - est artificiel, synthétique, dénaturalisé, n'obtiens que que la sacralité des Hommes mais pas celle de la Nature...

Je parle ici de sacralité et de divinisation car certains écologistes, en particulier ceux liés a l'écologie profonde, divinisent le système « Nature » : celui ci est parfait, immuable, plus juste que tout autre système : Mère Nature, la déesse qui régule toute vie sur Terre. Ainsi, l'écologie se mue en une religion dont les préceptes sont la soumission aux lois du système de la « Nature » pour les groupes les plus en phase avec cette religion et dans tout les cas, la protection de cette divinité, et la non-implication dans les rouages du système : Chasser et tuer – par exemple - deviennent aux yeux de cette religion des actes justes et louables, car « Naturels ». Il est remarquable de constater l'attrait indéniable, voire, la fascination, pour une grande partie de gens a sensibilité écologiste envers les espèces considérés comme prédatrices : loup, ours, lynx... En revanche, produire des robots, intégrer des membres artificiels, repousser la mort ou faire des manipulations génétiques, sont des actes visant a renier la « Déesse Nature » : ils sont donc mauvais du point de vue des zélotes ecologistes.

Pour une majorité d'écologistes, toujours dans une optique systémique, les espèces ne sont importantes qu'en tant que paramètres d'un milieu, comme autant de sous-programmes évoluant vers un but précis, inscrit dans leur essence même, guidés par leur « instinct ». Des lors, si une espace est menacée de disparition, il conviens d'y remédier afin d'empêcher que le milieu de vie de cet espèce, voire même le système entier, ne soit compromis (rappelez vous, la « Nature » est immuable, son « équilibre » doit être protégé et soutenus quoi qu'il en coute). A contrario, une espèce en nombre suffisent n'a aucun intérêt aux yeux des écologistes, du moins, jusqu'à ce qu'elle retombe au seuil critique. Si l'espèce est trop abondante ou considéré comme « nuisible » les écologistes peuvent même en justifier l'extermination, comme une sainte croisade visant a rétablir l'équilibre naturel.

J'en profite pour introduire ici une parenthèse, comme dit précédemment, pour certains groupes appartenant a l'écologie profonde, l'homme est partie intégrante de ce système (« le plus juste qui soit ») et ne devrai en aucun cas tenter de s'en échapper, et encore moins se considéré comme à part. Pour certaines branches, ultra-minoritaires – il conviens de l'admettre, les épidémies et les catastrophes naturelles ne devraient pas être combattus activement puisque incarnant une réponse concrète de Dame Nature au problème réel de la surpopulation. Pour d'autres encore, il faudrait bannir toute technologies avancées et revenir a un mode de vie « tribal ». On remarque d'ailleurs, avec l'attrait pour les prédateurs, une mystification excessive des tribus dites « primitives » tels que les amérindiens, dans les milieux écologistes, et ceci, toute tendances confondus.

Pour finir, je parlerai d'un cas un peu particulier d'ecologistes qui ne sont pas particulièrement partisans de la « Nature ». Beaucoup d'entre eux adhèrent a une forme d'écologie parfois appelée : écologie humaniste ou anthropocentrique. Ces écologistes recherchent a améliorer les conditions de vie de l'espèce humaine exclusivement, en maintenant pour cela le système planétaire dans un état protégeant les conditions de vie tels qu'on les connait actuellement.

En conclusion, théoriquement, l'écologie (sans rentrer dans des cas particuliers propres a l'écologie profonde) mène donc sur le plan pratique à un mode de vie « respectueux de l'environnement » en évitant la dégradation des différents écosystèmes, cela en évitant les nuisances et pollutions inutiles : économie maximale d'énergie, utilisation d'énergies dites renouvelables et a faible impact, arrêt des rejets de gaz a effet de serre, préférence pour l'agriculture « biologique » et pour certains végétarisme ou véganisme pour lutter contre la déforestation, la pollution massive et la déperdition énergétique extrême, due aux élevages. A cela s'ajoute évidement les initiatives de protection des espèces et écosystèmes menacés, tel que la défense des baleines ou la protestation contre la déforestation en Amazonie.

L'Antispecisme, sans être en opposition directe avec l'écologie sur le plan du résultat concret, repose sur un postulat idéologique contraire. En effet, et pour commencer, pour les antispecistes, soit le système « Nature » n'existe pas, soit ne justifie pas la préservation absolue de ses lois. L'antispecisme est avant tout égalitaire, comme le démontre le nom, il s'oppose a la discrimination entre les espèces et espère instaurer une égalité morale. Il peux être ainsi considéré comme s'inscrivant directement dans le sillage des luttes égalitaires entre genres : anti-sexisme et entre races ethniques : anti-racisme. Ainsi, il est profondément individualiste, un individu possède la caractéristique d'appartenir a une espèce, une race, un genre, mais il n'est en aucun cas, définit par ces dites caractéristiques. L'espèce, le sexe, la race, peuvent influer sur le comportement et les particularités d'un individu, mais ne définissent pas l'ensemble des règles que suivra celui ci, et ceci car les individus concernés sont sont sentients (pourvu d'une pensée propre et de sensations comme le plaisir ou la douleur) .

Pour l'antispecisme, les individus concernés etant sentients et l'espèce n'etant pas un critère de classement hiérarchique, tout individu doit pouvoir jouir des mêmes droits fondamentaux : droit a la vie, droit a la liberté, droit a l'absence de contraintes... Il n'est pas étonnant de voir ainsi un certain nombre d'antispecisme soutenir des thèses politiques égalitaires et libertaires tel que l'Anarchisme.

Certaines branches de l'antispecisme, moins ancrées politiquement, soutiennent une position utilitariste (au sens philosophique du terme, à ne surtout pas confondre avec la tendance à se servir d'autrui pour ses besoins ou désirs personnels, notamment incarné aujourd'hui encore dans l'élevage ou l'esclavage, et combattu par l'antispecisme) : autrement dit, puisque nous pouvons tous, humain ou non, ressentir plaisir et douleur, et que le désir propre a chaque individu est d'éliminer la douleur et rechercher le plaisir, alors le devoir morale est de mettre en œuvre les moyens nécessaires au quotidien pour maximiser le bonheur individuel et collectif et réduire la douleur. Ce raisonnement très mathématique peux s'écrire sous la forme simplifiée :


Pour une interaction impliquant un groupe A agissant sur un groupe B, la meilleur solution possible est celle répondant le plus positivement possible a l'inégalité :
(Ap + Bp)-(Ad + Bd) >= 0
Ap signifiant la quantité moyenne de plaisir des individus du groupe A, Bp celle des individus du groupe B. Ad la quantité moyenne de douleur sur le groupe A, Bd celle du groupe B.

(une petite aparté concerne certains individus se réclamant de l'antispecisme mais adhérant a une logique de « welfarism » : dominer et tuer d'autres animaux n'est pas une action répréhensible à partir du moment ou cela est fait sans douleur... vous remarquerez certainement par vous même l'absurdité du discours vis a vis des idéaux antispecistes)

D'autres branches de l'antispecisme, quant a elle, se réfèrent a la Philosophie du droit, chaque individu de par son unicité, dispose par essence ou par contrat tacite, d'un certain nombre de droits inaliénables que chaqu'un se doit de respecter de son mieux et pour le bien de tous.

Pour conclure, l'antispecisme mène en théorie a un mode de vie refusant l'exploitation et la domination des autres espèces dans le but de satisfaire les désirs humains, incluant par conséquent le veganisme (refus des produits carnés, viande et poisson, du lait, des œufs, idéalement, de la laine et du cuir et pour certains du miel), la condamnation des cirques, zoos, corridas et autres parcs d'exhibition et torture publique, boycott des produits testés sur animaux...


Ainsi, a première vu, impossible de concilier antispecisme, recherchant a mettre à terre le sentiment d'espèces pour se concentrer sur les individus, et l'écologie, privilégiant la caractéristique de l'espèce dans la quel elle noie l'individu, sous le contrôle bienveillant de Dame Nature. Pourtant en poussant le raisonnement un peu plus loin, on se rend compte qu'un nouveau paradigme est possible, unifiant les pratiques des deux factions sous la bannière des idéaux antispecistes.

La branche antispeciste utilitariste donne pour cadre l'amélioration des conditions de vie de chaque êtres sentients (maximiser le bonheur collectif), et l'égalité des droits fondamentaux entre chaque individus (une inégalité de droits provoquant du ressentiment au niveau individuel ou collectif) - un argument souvent évoqué pour réfuter l'égalité des espèces est justement celui de la prédation, je vous invite a lire a ce sujet les articles parus dans les Cahiers Antispecistes comme l'article de Steve F. Sapontzis : « faut-il sauver le lièvre du renard? » ou celui de David Olivier : « pourquoi je ne suis pas écologiste? »; Un autre argument souvent avancé est « Puisque le lion mange des gazelles, je devrai aussi avoir le droit de le faire », je vous renvois là aussi a la lecture des articles précédemment cités – or, l'altération de l'écosystème et la disparition de larges groupes d'individus provoquent une destruction non contrôlée du cadre de vie, cela provoquant une grande souffrance collective pour les groupes en question et d'autres liés. Il est donc relativement important d'empêcher ces phénomènes a partir du moment ou ils nuisent massivement aux individus en détruisant leur cadre de vie privilégié (ceux qui jugent légitime le « droit a vivre dans un environnement adapté à sa physiologie » peuvent également avancer cet argument.). Également, l'être humain, en détruisant les écosystèmes, viole le principe d'égalité en favorisant largement et sans légitimité certaines espèces – et en particulier la sienne – ainsi que le principe de droit inaliénable à la vie, en étant cause directe de la disparition des individus des espèces n'arrivant pas à s'adapter ou tués pour servir de simple ressources.

Ces trois derniers arguments s'affranchissent des notions écologistes d'un système naturel, s'inscrivent dans l'antispecisme, et pourtant, mènent aux mêmes conséquences pratiques que les écologistes : ils justifient le fait pour un antispeciste de se battre a l'instar des écologistes contre le réchauffement climatique, la disparition de nombreuses espèces, les pollutions dus a l'industrie et l'élevage, l'agriculture intensive, l'utilisation des énergies fossiles...


Un dernier point que j'aimerai aborder concerne la justification du commerce équitable et des autres formes de luttes contre le système économique actuel, sous le paradigme antispeciste politique.

L'industrie classique, d'autant plus a notre époque de « mondialisation », exploite les petits producteurs, artisans et ouvriers, en achetant leur produits brut et force de travail a des prix ridiculement bas et les faisant travailler dans des conditions souvent défavorables (dans certains pays, il existerai des enchères inversés : celui qui propose le plus bas salaire est embauché). Cette situation existe partout dans le monde. L'antispecisme lutte pour l'égalité de tout les êtres sentients, il n'exclus donc pas l'espèce humaine. Or, les droits des ouvriers et agriculteurs concernés sont sans contestes bafoués, il est donc dans le ton de se battre contre ses pratiques d'exploitation interhumaine au même titre que l'exploitation des humains sur le reste du vivant..


Un jour, un militant antispeciste m'a dit en plaisantent : « Pour qu'un produit soit végan, il faudrait qu'il soit ''bio'', ''équitable'' et sans produits animaux » : dans le fond, il n'avais pas tord, et cette simple phrase résume tout ce qui viens d'être écrit.


Ainsi, pour finir, un partisan de l'antispecisme se devrai d'être ainsi un minimum « écologiste » en pratique, mais l'idéologie écologiste allant a l'encontre des principes même de l'antispecisme, la réciproque ne peux qu'être malheureusement, fausse.